Goldman – Dans le secret des Enfoirés

VSD (n°1955 – 12 au 18 février 2015)
Magazine : VSD
Numéro : 1955
Date de publication : 12 au 18 février 2015

À 63 ans, l'homme le plus secret du show-biz déléguerait un peu de son pouvoir sur l'œuvre qu'il anime depuis ses débuts, en 1986: les Enfoirés. Enquête.

«N’avez-vous jamais envie de passer le flambeau ?» Lorsque nos confrères du Figaro lui posent la question à propos de son implication dans les Enfoirés, Jean- Jacques Goldman répond sans équivoque: «Bien sur. Je suis d’ailleurs le plus vieux dans l’équipe ! Les jeunes qui veulent proposer, s'impliquer, sont toujours les bienvenus. Ça vient.» Nous sommes en 2008 et voilà déjà quatre ans que le très secret Jean-Jacques ne se produit plus sur scène que dans le cadre du grand raout caritatif dont il est à la fois le grand manitou et une évidente locomotive. La tentation de lever le pied est légitime tant ce barnum peut s’avérer épuisant, mais la préretraite n’est pas pour tout de suite. Malgré une rumeur tenace véhiculée en marge des concerts enregistrés cette année à Montpellier, il sera cette année encore «le parrain des Enfoirés», comme nous le confirme Michael Jones, son fidèle ami. «Jean-Jacques Goldman était à l'enregistrement des shows et assurait comme d’habitude. Il a en plus écrit la chanson-phare de cette année, intitulée Toute la vie.» Prémonitoire? C’est à lui que Coluche, en 1986, peu de temps avant son accident mortel, a demandé d’écrire un hymne pour ces Restos du Cœur qu’il venait de créer. Et c’est lui qui, depuis, fait venir chanteurs et comédiens pour assurer le show. Lui qui les choisit. Sélectionne les chansons, le découpage des titres, l’ordre de passage, la mise en scène. Pour le reste; les arrangements, les contrats notamment; c’est son frère, Robert, qui gère. Robert Goldman est en effet l’associé d’Anne Marcassus et de Jean-Yves de Linares, les deux patrons de DMLSTV, producteurs du spectacle. Bref, depuis bientôt trente ans, les Enfoirés, c’est l’affaire du seul Jean-Jacques Goldman qui détient le «final cut» sur le show et, malgré ce qu’il affirmait en 2008, rien n’a changé.

Le 25 novembre dernier étaient mis en vente les billets pour assister à l’une des sept représentations de Sur la route des Enfoirés devant avoir lieu du 21 au 26 janvier au Park & Suites Arena de Montpellier*. Au total, 98 000 spectateurs ont pu assister au mégashow de cinq heures qui, après montage, sera réduit de moitié et diffusé en mars pour offrir sans aucun doute à TF1 sa meilleure audience de l’hiver (les dernières éditions rassemblèrent pas loin de 13 millions d’aficionados, soit près de 50 % de parts de marché). Ils sont venus, ils sont tous là dans ce qui est, en terme de capacité, la quatrième plus grande salle de spectacle de l’Hexagone. Une quarantaine d’artistes et autant d’habitués - pas le moindre nouveau venu pour cette trentième édition, ce qui constitue une curieuse première.

Un tonnerre d'applaudissements salue chaque entrée en scène

Autour du « parrain », on notera quelques absences de taille dont la jeune génération représentée par Alizée, retenue sur la tournée Danse avec les stars, et Nolwenn Leroy, en pleine préparation de sa tournée acoustique. Mais les historiques ont répondu présent: on retrouve l’inoxydable Patrick Bruel (le seul à n’avoir loupé aucune édition depuis 1993), Pierre Palmade (après quatre ans d’absence), Mimi Mathy, Liane Foly, Pascal Obispo, MC Solaar (dont l’éclipse discographique et la rétention des anciennes productions commencent à inquiéter), Kad Merad, Michael Jones, Maxime Le Forestier et une trentaine d’autres. Ils sont sapés en bagnard, en grognard, en aviateur, en pioupiou ou en touriste à chemise hawaiienne sous le ciel des tropiques, c’est bon enfant, chaque nouvelle entrée en scène déclenche un tonnerre d’applaudissements (mention spéciale à Mimie Mathy dont l’apparition renvoie Bernadette Soubirous dans sa grotte), le portrait de Coluche flotte derrière eux, la foule est ravie. Et le fait savoir sur les réseaux sociaux. Les sketchs semblent un poil plus longs. Et alors ? La paire Kad Merad-Dany Boon assure comme jamais et Michaël Youn semble même avoir retrouvé son peps du « Moming Live» sur M6. «Michaël est venu avec toute son équipe et il avait écrit des choses. Une aide précieuse car cela a soulagé tout le monde, y compris Jean-Jacques Goldman», nous dévoile Michael Jones.

Bref, la belle mécanique une fois encore a fonctionné. De quoi réjouir Olivier Berthe, le patron bénévole de l’œuvre caritative, qui compte bien sur cette saison des Enfoirés pour tenir le cap : les spectacles plus la vente des DVD rapportent près de 13 % des ressources des Restos, 23 millions d’euros pour l’année 2014. Un jackpot de bon augure après un déficit prévisionnel de 10 millions d’euros cette année, contre 7 millions pour 2014. Sa gestion n’est nullement mise en cause, simplement, en trois ans, le nombre de bénéficiaires des Restos est dramatiquement passé de 870 000 à plus de 1 million. Soit, pour l’hiver précédent, 130 millions de repas distribués. Sans oublier l’incendie qui a réduit en cendres un entrepôt des Restos dans le Pas-de-Calais et ses 90 tonnes de marchandises.

La personnalité préférée des Français depuis quatre ans

Autant le dire: plus que jamais, les Restos ont besoin de Goldman, personnalité préférée des Français pour la quatrième année consécutive. « Cette manifestation d’émotion à mon égard est extrêmement touchante », confesse le chanteur au micro de RTL. Mais notre homme si discret se veut philosophe: «Avant moi, il y en a eu beaucoup. Après moi, il y en aura aussi. C’est peut-être une prime d’ancienneté.» Ce n’est certainement pas l’avis d’Anne Marcassus, directrice artistique bénévole sur les spectacles des Enfoirés, qui, cette année encore, a œuvré main dans la main avec le chef, malgré une petite prise d’indépendance «consentie» concernant la partie des sketchs. D’ailleurs, à l’issue des sept concerts montpelliérains, Jean-Jacques Goldman a félicité la production. La relève est assurée.

JEAN-FRANÇOIS ROUSSE

(*) Pour éviter le marché noir, un quota de places fut vendu le 13 janvier.
Pour faire un don aux Restaurants du cœur: dons, restosducoeur.org

VSD (n°1955 – 12 au 18 février 2015)