La série de montages inédits issus de la Tournée Rouge 1994 continue de s'enrichir. Après Confidentiel, On n'a pas changé et Être le premier, la chaîne YouTube officielle de Jean-Jacques Goldman vient de mettre en ligne une nouvelle captation live au Zénith de Paris : Il suffira d'un signe. La chanson qui a tout lancé. Treize ans après ses débuts, Goldman la chante avec le trio Fredericks, Goldman, Jones devant une salle qui la connaît par cœur.
La chanson qu'il ne devait pas chanter
L'histoire d'Il suffira d'un signe commence par une commande qui n'était pas pour lui. Goldman compose le titre pour une jeune chanteuse, Anne-Marie Batailler, qui l'interprète au Jeu de la chance fin des années 1970. C'est là que Marc Lumbroso, jeune éditeur, repère le nom de l'auteur au générique et prend contact avec lui — un geste qui va changer le cours des choses.
Lumbroso convainc Goldman de signer pour cinq disques sur le label Epic et d'interpréter lui-même ses compositions, alors qu'il voulait surtout être auteur-compositeur et non chanteur. Le titre est écrit dans un contexte précis : Goldman pensait à l'Iran et à l'époque où le Shah était encore au pouvoir, une période d'attente et d'espoir autour d'un homme pressenti comme providentiel. Il écrit en creux, sans jamais citer l'Iran, dans un registre allusif habité par l'impatience et la promesse d'un renversement.
La chanson n'était pas destinée à devenir un tube. Elle peine d'abord à démarrer au Hit RTL, ne progressant que de quinze places en dix-huit semaines. C'est Monique Le Marcis, directrice des programmes de RTL, qui décide de la faire tourner massivement sur les ondes. Un passage dans l'émission Champs-Élysées en mars 1982 achève de l'installer, et le titre devient numéro un en mai 1982.
Goldman lui-même a toujours reconnu ce paradoxe. Dans ses propres mots : il avait travaillé dur sur d'autres chansons du même album pour faire le premier single, et c'est celle qu'il avait faite pour se faire plaisir — trop longue, sans aucune chance en 45 tours — qui a tout changé. Il a conclu qu'il fallait avant tout se faire plaisir.
Treize ans plus tard, au Zénith
En 1994, quand Fredericks, Goldman, Jones interprètent Il suffira d'un signe sur la scène du Zénith, la chanson a déjà une histoire que le public porte avec lui. C'est le titre fondateur, celui qui a rendu Goldman possible. Le chanter avec Carole Fredericks et Michael Jones lui donne une dimension nouvelle : ce qui était une chanson d'espoir solitaire devient une affirmation collective, portée par trois voix qui se connaissent et se font confiance.
Goldman a d'ailleurs confirmé en interview qu'il ne s'est jamais lassé de ce titre malgré les centaines de fois où il l'a interprété : selon lui, c'est la chanson qui lui a permis d'entrer en contact avec le public pour la première fois, et cette relation ne s'est jamais effacée.





