La série de montages inédits issus de la Tournée Rouge 1994 s'enrichit encore. Après Confidentiel, On n'a pas changé, Être le premier, Il suffira d'un signe, C'est pas d'l'amour, Rouge, Envole-moi et Je commence demain, la chaîne YouTube officielle de Jean-Jacques Goldman vient de publier Un, deux, trois — l'un des titres les plus enthousiastes du répertoire du trio, et peut-être celui qui dit le mieux d'où vient Goldman.
Une déclaration d'amour au rock and roll
En 1968, Goldman abandonne ses études de musique classique pour le rock américain et la folk, en écoutant les Beatles, Jimi Hendrix et Aretha Franklin, en faisant de la guitare son instrument central. Sa conversion soudaine à la musique populaire est librement racontée dans la chanson Un, deux, trois.
Le texte est une reconstitution poétique de ce moment fondateur. La chanson raconte la découverte du rock and roll par un gamin qui, un matin, allume la radio et se retrouve saisi par quelque chose qu'il ne comprend pas vraiment, mais qui est immédiatement, viscéralement, sa vie. Goldman situe cette révélation à Springfield, Massachusetts — un ancrage américain qui n'est pas anodin pour un enfant élevé dans la culture de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce qui rend le texte si réussi, c'est qu'il ne cherche pas à expliquer ce que le rock and roll est : il restitue ce que ça fait. La chanson parle de la puissance de la musique comme force fédératrice, une identité partagée par des gens qui ne rentraient pas dans la norme — et le refrain bilingue, comptant en français et en anglais mêlés, incarne exactement cette fusion.
Un single issu du premier album du trio
Un, deux, trois est extraite du premier album éponyme de Fredericks Goldman Jones, sorti en novembre 1990 — un disque qui débute directement numéro un et y reste huit semaines consécutives, avant de rester classé 51 semaines dans le top dix. La chanson en est le cinquième single, se classant à la huitième place du hit-parade français.
Sa construction est particulièrement bien pensée pour le trio : le refrain mélange l'anglais et le français dans un compte qui part de « un, deux, trois » pour finir en « one, two, three », comme si les deux langues se rejoignaient naturellement dans l'universalité du rock. Carole Fredericks, américaine anglophone chantant en France, y est dans son élément le plus évident — et sa voix sur ce titre a quelque chose d'une évidence absolue.
Sur scène, une chanson qui libère
En live, Un, deux, trois a toujours fonctionné comme un défouloir joyeux. C'est le genre de titre qui donne de l'énergie à une salle autant qu'il en reçoit — un rappel que Goldman, avant d'être l'auteur de textes à dimension sociale ou historique, est avant tout quelqu'un que le rock a saisi un matin et n'a plus lâché. Le voir l'interpréter au Zénith en 1994, avec Fredericks et Jones, c'est voir ce cercle se refermer avec une élégance rare.



